Parler au Président : Jiil dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas

L’artiste

Jiil est un artiste gabonais né à Paris, qui a grandi entre la France et Libreville. Fils d’un père diplomate admirateur de James Brown, initié au rap par ses cousins, il écrit son premier texte à 10 ans.

Après des études de littérature à Paris, il s’installe à Genève où il travaille dans un syndicat tout en continuant à composer de la musique.

C’est un artiste engagé, qui n’hésite pas à aborder dans ses chansons des sujets difficiles : les violences faites aux femmes, la confiance en soi ou encore l’identité africaine.

Des morceaux qui montrent déjà un artiste qui
préfère la substance à la surface.

Parler au Président est une chanson qui vient d’une expérience personnelle. Jiil l’explique lui-même : après plusieurs voyages entre Genève et Libreville pour tenter de lancer des projets dans la tech, l’agriculture et l’art, il se retrouve bloqué. Les dossiers ne passent pas.

Les contacts autour du président gardent l’accès pour eux.

C’est son père, apparu en songe, qui lui dit d’utiliser l’art pour se faire entendre. La chanson est née de là

La forme

Musicalement, c’est un morceau calme et mélancolique.

Le beat est simple, avec un piano doux qui donne une ambiance introspective. Jiil ne rappe pas vite ni fort. Il parle tranquillement, comme quelqu’un qui explique sa situation à un ami.

On sent la lassitude dans sa voix, mais aussi une vraie détermination. L’utilisation de légères harmonies et de réverbération donne une dimension plus profonde à l’ensemble, comme si le message portait au-delà d’une seule salle.
La structure de la chanson suit une progression claire.

Le premier couplet pose les faits : les tentatives, les échecs, les portes fermées.

Le refrain revient comme une demande répétée, il veut
juste être entendu, parce qu’il a des choses à apporter.

Le deuxième couplet change de ton et devient plus spirituel, avec des références à la trahison et à la mission.

La chanson se termine sans réponse, comme dans la vraie vie.

Le fond

Ce que Jiil décrit, beaucoup de jeunes Africains le vivent.

On rentre au pays avec des projets, de l’énergie et des idées concrètes. Mais on se heurte à la bureaucratie, aux réseaux fermés, aux gens qui bloquent l’accès aux décideurs par intérêt personnel. Ce n’est pas de la théorie. C’est du quotidien. Jiil ne généralise pas et ne fait pas de grands discours. Il raconte simplement ce qui lui est
arrivé, et c’est précisément pour ça que ça touche.

Il y a aussi une dimension spirituelle dans cette chanson. Jiil ne cherche pas la richesse ou la reconnaissance. Il parle d’une mission, d’un rôle qu’il se sent appelé à jouer. Et face au mur du système, il choisit l’art, pas par romantisme, mais parce que c’est le seul outil qu’on ne peut pas lui confisquer.

Le message

Parler au Président s’adresse directement à la jeunesse gabonaise et africaine.

Le message est simple : quand le système ne t’ouvre pas ses portes, trouve un autre moyen de faire entendre ta voix. Jiil l’a fait avec une chanson.

D’autres peuvent le faire avec un article, un projet, une initiative, une
idée.

L’important, c’est de ne pas s’arrêter au premier refus.

Ce qui est inspirant dans cette chanson, c’est que Jiil ne se plaint pas pour se plaindre. Il veut agir,
contribuer, construire quelque chose d’utile pour son pays. Et il ne lâche pas. C’est ça le vrai message pour la jeunesse africaine : rester déterminé, trouver des alternatives, et ne jamais attendre la permission de quelqu’un pour exister et pour agir.

Darhyl Lloyd

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